Lieu d'exception et d'authenticité
depuis 1775

Clary avant le Château


L’historique du Château de Clary est intimement lié à la Forêt de Clary.

A l’orée de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, période à partir de laquelle Cassini cartographie la France, la forêt de Clary est une forêt entourée de vignes.

Une partie du plateau de Vallongue est encore occupée par la lande notamment en lisière de forêt. La forêt de Clary est une possession royale jusqu’en 1762.

Le bois de Clary faisait probablement partie de la baronnie de Roquemaure qui fut cédée au Comte de Joyeuse en 1573. Sa petite fille, Henriette Catherine de Joyeuse, épouse alors en deuxièmes noces Charles de Lorraine, Duc de Guise. Grâce à sa fortune, elle maintient la baronnie dans sa prospérité.

La fille du premier mariage d’Henriette Catherine de Joyeuse, épouse Gaston d’Orléans, frère du Louis XIII et oncle du futur roi Soleil. De ce mariage naîtra Anne Marie Louise d’Orléans dénommée « la Grande Mademoiselle. ».

Clary n’eut de cesse à appartenir à d’illustres personnages.

Ce complexe et subtil jeu d’alliances peut expliquer comment la forêt de Clary resta propriété royale jusqu’au Comte d’Eu en 1775, petit fils légitimé de Louis XIV.


Période moderne


Avant 1789

En 1744, Jean le Nain, intendant du Languedoc signale qu’il s’agit du seul bois appartenant au roi dans la région et qu’il est composé de chênes blancs et verts.

En 1745, le seigneur de Roquemaure demande à racheter le bois de Clary au Roi. Mais cette requête déclenche un tollé auprès du Duc de Joyeuse qui voit là, un moyen de lui aliéner ses privilèges. Il faut dire que les bénéfices du bois son nombreux : le Duc de Joyeuse pouvait prélever des droits, mettre à rente, encaisser des péages et avait droit de justice, de chasse, d’enforestage et de glandage de bois de chauffage sur cette forêt. Le bois de Clary véritable frontière entre Tavel et Roquemaure, à toujours été l’objet de convoitise.

En 1762, Louis XV cède sa propriété de Clary au comte d’Eu, petit fils de Madame de Montespan et de Louis XIV, ceci dans le cadre de l’échange de la principauté des Dombes.

Le comte d’Eu la vendra ensuite à Marie Joseph Emmanuel de Guignard, vicomte de St Priest en 1775.

Clary a donc appartenu à la famille royale jusqu’en 1775.


La naissance du Château


Le Château de Clary

A cette date, l’Intendant Général du Languedoc, le vicomte Marie-Joseph Emmanuel Guignard de Saint-Priest, obtint du cousin roi Louis XV qu’il lui cède le bois de Clary soit environ 400 ha à l’orée duquel il bâtit son « cher Clary », actuel Château de Clary.

Le pauvre homme n’en profitera malheureusement pas très longtemps, puisqu’il sera guillotiné en 1794 sur le seul chef de représentant du pouvoir Royal.

L’objectif premier du Domaine de Clary était de cultiver la vigne et de produire des vins de la « ôte du Rhône » (c’était ainsi qu’ils se dénommaient sur la rive droite), vins célèbres depuis longtemps, et dont l’Intendant devait garantir leur qualité et surveiller leur réglementation. Le Château de Clary et son domaine, était également un lieu de villégiature pour le Vicomte qui venait y chasser.

1775  marque ainsi la naissance du domaine qui réunit environ 400 ha. La vocation agricole du domaine s’affirma très rapidement car 16 ans plus tard, en 1791, sur les 400 ha de forêt initiaux, 120 ha environ sont déjà cultivés, dont 30 en vigne.

Le vicomte de St Priest, Intendant du Languedoc, a probablement acquis le domaine pour la réputation des vins de la "Côte du Rhône », dont il a beaucoup contribué à la qualité en collaborant avec son père.

En effet, le père du vicomte, Jean-Emmanuel de Guignard, intendant du Languedoc de 1751 à 1784, puis son fils à partir de 1764, auront beaucoup contribué à faire émerger un vignoble de qualité dans cette région par ratification de nombreux décrets et ordonnances visant à protéger les vins de la côte du Rhône. On peut  dire que le vignoble du Château de Clary a été le lieu d’expérimentation privilégié qui a contribué à l’élaboration desdits décrets et ordonnances qui furent les socles de la mise en place des cahiers des charges des appellations d’origine contrôlées « AOC » qui régissent de nos jours les Vignobles de France.

C’est durant son mandat d’Intendant du Languedoc que Jean-Emmanuel de Guignard acquit le château d’O à Montpellier en 1762 pour en faire une de ces folies caractéristiques du XVIIIème, confiant les plans des jardins à Jean-Antoine Giral.

C’est dans ce contexte de l’essor des vins de la région que son fils a acquis la forêt de Clary pour en faire un domaine viticole qui ne cessera dès lors de croître en réputation. Il est probable alors que, loin de la tragédie qui le guète à l’approche de la Révolution, le vicomte partageait son temps entre les fêtes mondaines données au château d’O, et l’ambiance plus intime et bucolique du domaine de Clary.

Le domaine pendant cette période est en avance sur son temps et est caractéristique d’un grand domaine agricole gardois du XIXème avec une grosse activité liée à la vigne et l’olivier.

Mais il réunit également toutes les autres cultures (mûriers, fruitiers, céréales, légumes…) et les activités qui peuvent assurer une quasi autarcie de fonctionnement (élevage, exploitation du bois et charbonnerie, saule, forge, chasse, production de garance, boulangerie, etc..) le négoce du vin assurant les revenus permettant d’acquérir les denrées et fournitures impossible à produire au domaine.


XIXème siècle : La famille Richard et le développement des activités agricoles


Au XIXème siècle, une quarantaine de personnes vivaient sur place et tous vivaient en totale autarcie. Le château de Clary produisait donc son pain, mais faisait également de l’élevage et du maraîchage, le tout en quantité suffisante pour nourrir l’ensemble des habitants de la demeure.

Après la période de transition de la fin du XVIIIème et du début du XIXème, une riche famille de négociants lyonnais et d’armateurs marseillais, la famille Richard, va se succéder pendant 75 ans à la tête du domaine.

La famille Richard est une  riche famille d'entrepreneurs et de pionniers, représentatives de ce siècle de révolution industrielle, et qui saura expérimenter et adapter une agriculture de progrès.  Cette période sera marquée par le développement agricole du domaine avec une forte activité viticole, vinicole, et dans une moindre mesure oléicole ; la part des terres réservées à la vigne atteignant le tiers de la superficie totale du domaine dès 1841.

Les maladies du vignoble languedocien n’affectent que brièvement ce rapport qui ne variera sensiblement qu’avec les crises à l’orée du XXème siècle. De ces crises naîtra la légende de la Saint Valentin grâce à Maximilien Richard qui ramènera de Rome au Château de Clary les reliques de Saint Valentin pour les déposer ensuite en l'Eglise de la collégiale de la ville de Roquemaure au cours d'une procession mémorable ce jour du 25 octobre 1868.

Le XXème siècle n’affectera le domaine que dans ses surfaces cultivables, en effet, l’architecture du domaine ne sera que très peu remaniée.


Le Domaine de Clary aujourd'hui


Le domaine apparaît aujourd’hui dans une distribution très proche de celle qu’il avait au début du XXème siècle.

Clary est de ce fait représentatif de ce que pouvait être un grand domaine agricole au XIXème siècle : le domaine, malgré des remaniements fonciers sensibles, a gardé une intégrité avec une surface d’environ 200 ha, sur laquelle on peut voir encore toutes les empreintes de son évolution depuis le XVIIIème.

Cette intégrité globalement conservée met en évidence plusieurs potentiels : botanique, géologique, mais aussi et surtout culturel. En effet, outre l’intérêt historique du domaine, la partie bâtie affiche un potentiel architectural caractéristique de la fin du XVIIIème avec peu de remaniements par la suite. L’ampleur des dépendances, les traces de nombreuses activités représentent un potentiel ethnique important.

Enfin, les abords, marqués par l’influence paysagère du XIXème siècle, diffusent une délicieuse ambiance romantique. Néanmoins, l’architecture paysagère des abords reste à redécouvrir : le système d’alimentation de la cascade de rocaille, les circulations enfouies sous la végétation, le bosquet de cèdres géants au Sud de la partie bâtie, ajouteront sans doute à l’intérêt paysager déjà avéré du site.

Le domaine de Clary est donc représentatif de la région par ses fonctions de domaine viticole et oléicole, mais il est exceptionnel au sein de cette région par son intégrité et son authenticité qui réunissent encore sur un même lieu autant de potentiels.


Le Château de Clary, une vocation viticole conservée


Le Domaine est avant tout à vocation viticole avec un terroir de qualité classé en AOC Lirac. Il  entoure le bâtiment et se développe à flanc de coteaux en direction Nord-Sud sur environ deux kilomètres. Il s'étend sur 200 hectares dont 7 hectares de vignes et presque 3 hectares d'oliviers.

Cultivée dans le cadre d'une pratique respectant l'environnement, une partie du vignoble et de l'oliveraie est utilisée pour des études et recherches.

L'exploitation met à la disposition du Château de Clary ses moyens techniques et son savoir-faire, ses vignes, son oliveraie, pour permettre aux visiteurs passionnés de vins et de nature d’approfondir leurs connaissances relatives à l'élaboration du vin et de l'huile d'olive. A Clary ont lieu vendanges, taille de la vigne et des oliviers, cueillette des olives, élevage des vins et huiles, embouteillage… dans le respect du savoir-faire ancestral qui a fait la réputation du Château de Clary.